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8 juin 2010

Le Corbeau et le Renard


Maître corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître renard par l'odeur alléché ,
Lui tint à peu près ce langage :

«Et bonjour Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli! que vous me semblez beau!
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois»

A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec laisse tomber sa proie.
Le renard s'en saisit et dit :
"Mon bon Monsieur,

Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute:
Cette leçon vaut bien un fromage sans doute."

Le corbeau honteux et confus
Jura mais un peu tard , qu'on ne l'y prendrait plus.

Jean de La Fontaine

La pomme de terre

Quand il fait très froid
à Noël
quand ça exagèle
la pomme de terre
met sa robe décembre
et la tête sous la cendre
alors je me décide
je la pique au bide
je la croque au sel
je lui fais la peau
sans dire un mot
la pomme de s'taire
se mange en silence
même chichécho

Gérard Bialestowski ("Au bout de mon râteau")

La faune


Et toi, que manges-tu, grouillant?
- Je mange le velu qui digère le
pulpeux qui ronge le rampant.

Et toi, rampant, que manges-tu?
- Je dévore le trottinant, qui bâfre
l'ailé qui croque le flottant.

Et toi, flottant, que manges-tu?
- J'engloutis le vulveux qui
suce le ventru qui mâche le sautillant

Et toi, sautillant, que manges-tu?
Je happe le gazouillant qui gobe
le bigarré qui égorge le galopant.

Est-il bon, chers mangeurs, est-il
bon, le goût du sang?
- Doux, doux! tu ne sauras jamais
comme il est doux, herbivore!

Géo Norge ( 1898-1989)

La ballade de la soupe aux choux


Sur feu de hêtre ou de noyer,
Qui tremblote, fuse et crépite,
Pansue et noiraude, voyez,
Au creux de l'âtre qui s'effrite,
Comme elle trône, la marmite
Où bouillonne à larges remous
Le mets que nul autre n'imite,
La succulente soupe aux choux !
Lorsque droite y tient la cuiller,
Oh ! par la salle décrépite,
Tous les parfums éparpillés...
Et, dans le bol plein, la subite
Eclosion d'yeux où palpite
L'âme fumante du saindoux,
Et comme on la déguste vite,
La succulente soupe aux choux !
A découvrir le lard, noyé
Dans le coeur pommé qui l'abrite,
L'appétit est tout égayé...
Foin des ragoûts hétéroclites,
Du mets savant qui débilite !
Rien ne vaut au corps comme au goût,
Dut-on m'accuser de redite,
La succulente soupe aux choux !
Prince qui soigne ta gastrite,
Ce fumet t'a rendu jaloux...
Goûte, crois m'en, selon le rite,
La succulente soupe aux choux.

Léon Boyer

La complainte de l'artichaut


Je suis un gars frileux.
Mais je lutte, je lutte.
Me voilà sur le feu
En cocotte-minute.

Quand je suis artichaut
Les gens me déshabillent.
Je subis sans un mot
Qu'ils ôtent mes guenilles.

Ils atteignent mon cœur
Qu'ils veulent mettre à nu.
Il faut bien que je meure !
C'est la loi du menu.

Ils se brûlent les doigts,
C'est ma vengeance à moi.

Muriel Carminati, Patrick Spens

7 mai 2010

La cuisine



Dans la cuisine où flotte une senteur de thym,

Au retour du marché, comme un soir de butin,

S’entassent pêle-mêle avec les lourdes viandes
Les poireaux, les radis, les oignons en guirlandes,

Les grands choux violets, le rouge potiron,

La tomate vernie et le pâle citron.

Comme un grand cerf-volant la raie énorme et plate

Gît fouillée au couteau, d’une plaie écarlate.

Un lièvre au poil rougi traîne sur les pavés

Avec des yeux pareils à des raisins crevés.

D’un tas d’huîtres vidé d’un panier couvert d’algues

Monte l’odeur du large et la fraîcheur des vagues.

Les cailles, les perdreaux au doux ventre ardoisé

Laissent, du sang au bec, pendre leur cou brisé ;
C’est un étal vibrant de fruits verts, de légumes,
De nacre, d’argent clair, d’écailles et de plumes.

Un tronçon de saumon saigne et, vivant encor,

Un grand homard de bronze, acheté sur le port,

Parmi la victuaille au hasard entassée,

gite, agonisant, une antenne cassée.


Albert SAMAIN (1858-1900)

Chanson de la noix



J'ai pelé la petite noix
Dont j'ai cassé la coque blanche
Entre deux pierres,
La curieuse coque de bois.
J'ai pelé la petite noix;
On dirait un jouet d'ivoire,
Un curieux jouet chinois.
L'odeur fraîche et un peu amère
De ces grands bois
M'a parfumé la bouche entière !
J'ai croqué la petite noix,
Ce curieux jouet chinois.

Louis Codet

26 mars 2010

Pot pourri élementaire "Les jardins" P4

La pomme


Quelle poire je suis
dit la pomme

de tomber de l’arbre

avant l’automne


Si j’avais eu la pêche

j’aurais pas eu ces pépins


me v’là paumée dans un pommé

quelle déconfiture


Yvon Le Men

16 mars 2010

Le doryphore



Attention au doryphore

jaune d’or ventre à terre

Attention au doryphore

gros mangeur de pommes de terre

Attention au doryphore

ventre et cœur
panse et rate

Attention au doryphore

dévoreur
de vos patates

Jean-Hugues Malineau

9 mars 2010

Quelle salade


Je n’aime pas la scarole Plus qu’une journée d’école, Je m’enfuis quand il y a Pissenlits ou batavia.
Les sept jours de la semaine, Je déteste la romaine, Les douze mois de l’année, Je refuse la frisée.
De Saint-Jean à la Saint-Yves, Je tords le nez sur l’endive, Durant les quatre saisons Ni trévise ni cresson.
Je ne suis pas une tortue
Pour accepter la laitue !
De la mâche pour les vaches,
La roquette pour Biquette
La salade me rend malade !

Jean-Hugues Malineau

4 févr. 2010

Le silence du tambour


Jeudi 16 avril 2008

Au bout du petit matin...

L’immensité du désastre
L’humanité retient son souffle

Des larmes sur les cinq continents

Les océans stagnent

Les fleuves suspendent leur cours
Tambours, koras et balafons,
Ravalent leurs sons

Les rois des forêts, savanes et déserts

Retiennent leurs gestes

Qui se figent...
Rhissa RHOSSEY
Poète originaire du Niger, née à Agadez en 1972 / 16 avril 2008

22 janv. 2010

ILES



Iles

Iles
Iles où l’on ne prendra jamais terre
Iles où l’on ne descendra jamais
Iles couvertes de végétations
Iles tapies comme des jaguars
Iles muettes
Iles immobiles
Iles inoubliables et sans nom
Je lance mes chaussures par-dessus bord car je voudrais bien aller jusqu’à vous

Blaise Cendrars, « Feuilles de route », Du monde entier au cœur du monde, 1924

Comptine des six continents


Sur le dos d'une antilope
Je fais le tour de l'Afrique
Sur le dos d'une bourrique
Je fais le tour de l'Europe
À dos de yack qui galope
Le tout de l'immense Asie
Sur le dos d'un poisson-scie
Le tour de l'Océanie.
Sur la vigogne au poil doux
Le tour des deux Amérique
Dans ta poche kangourou,
Je traverse l'Australie.

Bernard Lorraine

11 déc. 2009

GRAND STANDIGNE






Un jour on démolira
ces beaux immeubles si modernes
on en cassera les carreaux
de plexiglas ou d'ultravitre
on démontera les fourneaux
construits à polytechnique
on sectionnera les antennes
collectives de télévision
on dévissera les ascenseurs
on anéantira les vide-ordures
on broiera les chauffoses
on pulvérisera les frigidons
quand ces immeubles vieilliront
du poids infini de la tristesse des choses.

Raymond Queneau (poème écrit en 1967)

2 déc. 2009

Chanson d'automne



Les sanglots longs

Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur

D'une langueur

Monotone.

Tout suffocant

Et blême, quand
Sonne l'heure
Je me souviens

Des jours anciens


Et je pleure.


Et je m'en vais

Au vent mauvais

Qui m'emporte

Deçà, delà,

Pareil à la feuille morte.
Paul Verlaine (poème écrit en 1866)

27 nov. 2009

Bip numérique "Douce France" Période 2



Il revient à ma mémoire
Des souvenirs familiers
Je revois ma blouse noire
Lorsque j'étais écolier
Sur le chemin de l'école
Je chantais à pleine voix
Des romances sans paroles
Vieilles chansons d'autrefois

{Refrain:}
Douce France
Cher pays de mon enfance
Bercée de tendre insouciance
Je t'ai gardée dans mon cœur!
Mon village au clocher aux maisons sages
Où les enfants de mon âge
Ont partagé mon bonheur
Oui je t'aime
Et je te donne ce poème
Oui je t'aime
Dans la joie ou la douleur
Douce France
Cher pays de mon enfance
Bercée de tendre insouciance
Je t'ai gardée dans mon cœur

J'ai connu des paysages
Et des soleils merveilleux
Au cours de lointains voyages
Tout là-bas sous d'autres cieux
Mais combien je leur préfère
Mon ciel bleu mon horizon
Ma grande route et ma rivière
Ma prairie et ma maison.

{au Refrain}
Charles Trenet (1963)

17 nov. 2009

Les baleines


Du temps qu’on allait encore aux baleines, si loin qu’ça faisait, mat’lot, pleurer nos belles, y avait sur chaque route un Jésus en croix, y’ avait des marquis couverts de dentelles,y avait la Sainte-Vierge et y avait le Roi !

Du temps qu’on allait encore aux baleines, si loin qu’ça faisait, mat’lot, pleurer nos belles,
y avait des marins qui avaient la foi, et des grands seigneurs qui crachaient sur elle, y a avait la Sainte-Vierge et y avait le Roi !

Eh bien, à présent, tout le monde est content, c’est pas pour dire, mat’lot, mais on est content !...
Y’a plus d’grands seigneurs ni d’Jésus qui tiennent, y a la république et y a l’président, et y a plus d’baleines !


Paul Fort (1897)

13 nov. 2009

Louis...







Louis I
Louis II
Louis III
Louis IV
Louis V
Louis VI
Louis VII
Louis VIII
Louis IX
Louis X (dit le Hutin)
Louis XI
Louis XII
Louis XIII
Louis XIV
Louis XV
Louis XVI
Louis XVII
Louis XVIII

et plus personne plus rien...
qu'est-ce que c'est que ces gens-là
qui ne sont pas foutus
de compter jusqu'à vingt?


Jacques Prévert (1949)